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Articles

dénoter, détoner et détonner

Un journaliste inexpérimenté interroge une journaliste expérimentée et lui prête cette réponse : " Notre magazine dénote dans le paysage médiatique et politique ". Que nenni, jeune ami. Votre interlocutrice n'a pas pu commettre pareille confusion entre les verbes dénoter et détonner . Son magazine détonne . C'est-à-dire qu'il est d'un ton différent, d'une coloration différente. Et cela dénote une certaine audace de la part de son équipe de rédaction. C'est-à-dire que cette audace est notable . Si le contenu de la publication est explosif, il peut même  détonner dans le paysage médiatique au point d'y détoner ! Avec un seul n, comme dans la  détonation qu'il fait entendre. Pour éviter cette confusion fréquente, il suffit de ne pas perdre de vue le fait que détonner se construit toujours sans complément d'objet : ça détonne, tout court, car c'est d'un autre ton - tout est dit. Tandis que dénoter exige toujours un compléme...

caméra piéton ou caméra-piéton, appellations ineptes

Caméra d'intervention fixée à l'épaule Les services de police municipaux et nationaux sont invités à bannir de leur langue de travail le barbarisme ''' caméra piéton ''' (parataxe fautive, pour ''caméra de piéton'') par lequel certains ont malencontreusement désigné un dispositif d’enregistrement vidéo et sonore utilisé par les forces de l’ordre pour filmer des interactions avec le public, avec des délinquants, voire des criminels. Bref, une caméra légère et compacte attachée à la poitrine ou à l’épaule des agents de la sécurité publique. L'Office québécois de la langue française n'a pas admis l'appellation " caméra-piéton " (sic) parce qu'elle relève du pur charabia, et a entériné sans détours une formule impeccablement claire et nette : caméra d'intervention . La Mission linguistique francophone entérine aussi cette appellation irréprochable, et a été suivie par l' Académie française . Nous pr...

permettre de pouvoir

" Il faut que cela puisse pouvoir permettre aux Parisiens de, etc " (Anne H., maire de la capitale mondiale de la francophonie, 14/02/2020). Certes, cette énormité est extraite d'une allocution improvisée ; pas d'un texte écrit ni lu. Mais tout de même... L'allocution était improvisée par une professionnelle de l'allocution improvisée. Et présidente de l'association internationale des maires francophones. Sans aller jusqu'à ce triple " puisse pouvoir permettre " (au lieu de " permette "), nous observons dans les médias des pays francophones d'Europe que sont la Suisse, la Belgique et la France, une multiplication des adeptes de l'enchaînement des verbes permettre et pouvoir : " cela permet de pouvoir etc ". Or, par définition, ce qui permet une chose la rend possible. Ce qui nous permet de faire nous met en situation de pouvoir faire . Dire " cet outil permet de pouvoir ouvrir une porte ", c'e...

villes "marchables", c'est non

La presse française se fait actuellement l'écho d'un classement des villes où il fait bon aller à pied . Dans lequel Vincennes et Versailles se hissent en haut de tableau, Marseille en queue de liste, et où Paris occupe une place très au-dessous de la moyenne, à la suite d'aménagements voués au chaos cycliste et trottinettiste qui y a été instauré depuis 2020. Mais là n'est pas la question ! L'ennui, c'est que cet intéressant classement est affublé d'une affligeante dénomination jargonnante : " baromètre des villes marchables " (sic).  Marchable  est un barbarisme néologique infantile. L'adjectif idoine étant AMBULATOIRE (du verbe latin ambulare = marcher ). Et cela depuis 1497 ! Citons la définition qu'en fournit le centre de ressources linguistiques du CNRS : AMBULATOIRE = " qui permet ou n'empêche pas la marche " C'est très exactement ce dont il est question : des villes qui permettent ou ne gênent pas la marche. Des v...

le nègre et le noir

Le Cap Nègre atteste de l'emploi nullement péjoratif autrefois de l'italianisme " nègre ". Cette francisation de l'italien negro signifiant noir était au contraire utilisée pour son élégance florentine et son absence de connotation négative. C'est pour échapper aux jugements de valeur attachés à l'adjectif noir  (noir comme le péché, idées noires, etc) que les francophones se sont tournés jadis vers un synonyme étranger. Comme ultérieurement l'américanisme black , l'italianisme nègre était dépourvu de noirceur . Jadis. Les emprunts aux langues étrangères ont toujours servi à "laver" nos mots de leurs travers réels ou supposés, que ce soit trop de force ou trop de fadeur. Voyez " fake " supposé depuis peu renforcer " faux " ; ou " mercato " censé donner de l'intérêt à de banales tractations entre sergents recruteurs du foot. L’acceptation du titre Les dix petits nègres , en un temps où il n’existait ...

parents dont l'enfant est mort : solutions pour un deuil sans nom

Beaucoup de langues, dont la nôtre, disposent de noms communs et d'adjectifs pour décrire la situation d'enfants ayant vu mourir leurs parents ( orphelins, orphelines ), de personnes survivant à leur conjoint ( veuves, veufs ) mais n'ont aucun mot pour les parents survivant à leurs enfants. Comme si ce deuil-là était tellement contraire à l'ordre des choses - donner la vie pour la voir reprise - qu'il en devenait indicible et innommable. Depuis cinquante ans, les institutions françaises chargées de terminologie et de néologie répondent que ce n'est pas leur affaire. Ce sont pourtant les mêmes institutions qui se décarcassent avec talent pour trouver en peu d'années des néologismes comme logiciel , baladeur, télécharger ou courriel , répondant ainsi aux attentes du langage technique et industriel. Mais répondre aux attentes existentielles concernant le pire des deuils, c'est niet . Nous nous sommes personnellement heurté dès les années 1990 ...

s'égarer en politique

Un député français a déclaré, à propos d'un adversaire politique, ex-ministre de l'éducation nationale et ancien professeur de philosophie : " c'est un philosophe égaré en politique ". Cette attaque (car c'en est une dans l'esprit du locuteur) sent bon le compliment involontaire. Elle sent aussi l'inculture linguistique, politique et philosophique. Car la politique est une branche de la philosophie ; comme le sont la logique, la morale, l'esthétique, l'épistémologie, etc. Tout philosophe est donc chez lui en politique, et non " égaré " là. On aimerait que les politiciens se souviennent que leur activité ne se définit ni comme l'exercice du pouvoir sur autrui, ni comme l'art du pugilat verbal, ni comme la mise en scène de soi-même sous des titres avantageux. Mais effectivement comme la philosophie en action dans la société pour le bien de tous - et non de soi-même ou de son parti. • • • POUR ACCÉDER À LA PAGE D'ACCUEIL...

droit opposable

Votre droit est, par définition, ce que vous pouvez opposer à qui vous en prive ou le conteste. La formule droit opposable est donc un tel pléonasme que nous nous faisons un devoir d'économiser votre temps et le nôtre en ne le démontrant pas plus longuement. Mais nous nous faisons aussi un devoir de souligner que la formule droit au logement opposable , pourtant avalisée depuis peu par le gouvernement français, est une absurdité. Car, par son complément et sa construction grammaticale erronée, elle annonce le droit à quoi ? "Au logement opposable". Le droit à un certain type de logement : le type "logement opposable". Lourde absurdité. On voit que remédier à cette absurdité en rapprochant l'épithète opposable du mot droit, qu'il veut qualifie en réalité, et non du mot logement, ne ferait toutefois pas beaucoup mieux : "droit opposable au logement" évoque maintenant un droit qui peut être opposé  à quoi ? Au logement ! Le droit de ref...

les misères du son Ê en fin de mots

"Vous aviez dit que vous ne feriez plus d'interviews du 14 juillet, que c'étez terminé."   (Léa Salamé, journaliste interrogeant le président de la République française, 14 juillet 2020) Dès son entrée en matière, cette intelligente locutrice professionnelle dépourvue de tout accent régional, promeut une envahissante coquetterie de la diction médiatique : la préciosité articulatoire par laquelle les terminaisons de étiez et était  ne sont plus différenciées. Et cela au détriment du son Ê, déformé en son É.  Ainsi, lait et laid deviennent-ils lé . Et ainsi la prononciation de nos verbes au conditionnel et à l'imparfait devient-elle plus qu'imparfaite... Les sons -AIS, -AIT et -AIENT, très caractéristiques de ces temps de conjugaison, sont trahis comme par des illettrés qui croiraient bon de les réécrire à leur guise : "je voudré vous voir, tu été parti, elles pleurez de rage". Ce que Mme Salamé prononce ici C'ÉTEZ (ou SÉTEZ ou C...

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

La forme extrême du purisme s'appelle hypercorrection . C'est la méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation n'appelant en réalité aucune critique. Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression " elle n'a pas l'air méchante " serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en " méchant "  une épithète  qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'ypercorrection, car fausse. Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : " elle a un air absent " signifie qu'elle affiche une expression absente, un air absent. Tandis que " elle a l'air absente " signifiera qu'elle semble ne pas être là : " j'ai ch...

contre la montre, le féminin doit toujours l'emporter

L'expression " contre la montre " est un complément de manière  créé par métaphore au vingtième siècle par le vocabulaire sportif pour préciser la nature d'une épreuve de vitesse. Chaque concurrent s'y élance seul. La performance sportive qu'il est en train d'accomplir, il ne peut donc pas la jauger selon son avance ou son retard sur un adversaire ou un groupe autour de lui, par exemple un peloton de coureurs cyclistes. Pour doser son effort vers un exploit victorieux, il ne peut se fier qu'à l'écoulement du temps. Il n'a d'autre adversaires que ses propres limites physiques ; mesurées par la durée de son tour de force. Seules l'aiguillonnent les aiguilles d'une montre. Cette notion imagée de course menée contre une montre , puis contre " la" montre (par emphase), a enrichi notre langue d'une expression savoureuse : la course contre la montre . Hélas, au détour du 21e siècle, la lexicalisation  irréfléchie du compléme...

crime climatique

Le jargon politique de l' écologisme est depuis peu infesté de grandiloquents " crimes climatiques " (sic). Une malhabile traduction de l'anglais " climate crimes ". Malhabile car entachée de deux faux-sens en deux mots, soit 100% de termes mal compris et mal traduits en vrai français. 1• Aux USA, l' infraction de tapage nocturne est qualifié de crime , car le vocabulaire juridique n'y fait pas de distinction entre crimes , délits et infractions autrement qu'en ajoutant un complément de nom pour en préciser la nature. C'est pourquoi crime, aux USA , a aussi le sens de délit ou infraction . 2• Placé en apposition - comme dans climate changes - le nom commun anglais climate devient un complément de nom qui se traduit en français par du climat ou par l'adjectif climatique . Mais ce terme climate est abusivement employé par les militants des USA comme métonymie de environnement, voire nature, dans des contextes où il faut voler...

directrices, fondatrices et chercheuses

Dans les fonctions de direction, chaque fois qu'il est établi qu'une femme n’est pas un homme, il est certain que le titre de sa fonction ne saurait être " directeur " (sic) mais bien directrice . Idem pour toute fondatrice qui n'est pas un fondateur, et pour toute femme pratiquant la recherche, qui est bien une chercheuse et non un chercheur ni - pire encore - une chercheure (sic). Paradoxalement revendiquée par de nombreux écervelés soutenant que les femmes seraient mieux loties avec des oripeaux d'hommes, l'adoption par des femmes d' un nom de métier masculins dont le féminin existe pourtant depuis des siècles est une erreur grammaticale pure et simple ; une confusion des genres, à proprement parler. En cas d'entêtement dans l'erreur - et quelle qu'en soit la justification  (" je préfère " ou " cela me confère davantage d'autorité " ou " un directeur, un fondateur, un chercheur, c’est plus sérieux qu’...