Accéder au contenu principal

Articles

a-t-elle l'air sérieuse ou l'air sérieux ?

La forme extrême du purisme s'appelle hypercorrection . C'est la méprise qui porte à considérer comme fautive une formulation n'appelant en réalité aucune critique. Ainsi en va-t-il de la croyance erronée selon laquelle l'expression " elle n'a pas l'air méchante " serait fautive, puisque le mot air est masculin et qu'il faudrait donc voir en " méchant "  une épithète  qualifiant l'air (méchant) de cette personne et non la personne (méchante) elle-même. Or, cette analyse est rarement juste et souvent entachée d'ypercorrection, car fausse. Lorsque c'est effectivement l'air adopté par la personne qui est qualifié, bien sûr le qualificatif de son attitude ou de son expression du visage doit être au masculin : " elle a un air absent " signifie qu'elle affiche une expression absente, un air absent. Tandis que " elle a l'air absente " signifiera qu'elle semble ne pas être là : " j'ai ch...

contre la montre, le féminin doit toujours l'emporter

L'expression " contre la montre " est un complément de manière  créé par métaphore au vingtième siècle par le vocabulaire sportif pour préciser la nature d'une épreuve de vitesse. Chaque concurrent s'y élance seul. La performance sportive qu'il est en train d'accomplir, il ne peut donc pas la jauger selon son avance ou son retard sur un adversaire ou un groupe autour de lui, par exemple un peloton de coureurs cyclistes. Pour doser son effort vers un exploit victorieux, il ne peut se fier qu'à l'écoulement du temps. Il n'a d'autre adversaires que ses propres limites physiques ; mesurées par la durée de son tour de force. Seules l'aiguillonnent les aiguilles d'une montre. Cette notion imagée de course menée contre une montre , puis contre " la" montre (par emphase), a enrichi notre langue d'une expression savoureuse : la course contre la montre . Hélas, au détour du 21e siècle, la lexicalisation  irréfléchie du compléme...

crime climatique

Le jargon politique de l' écologisme est depuis peu infesté de grandiloquents " crimes climatiques " (sic). Une malhabile traduction de l'anglais " climate crimes ". Malhabile car entachée de deux faux-sens en deux mots, soit 100% de termes mal compris et mal traduits en vrai français. 1• Aux USA, l' infraction de tapage nocturne est qualifié de crime , car le vocabulaire juridique n'y fait pas de distinction entre crimes , délits et infractions autrement qu'en ajoutant un complément de nom pour en préciser la nature. C'est pourquoi crime, aux USA , a aussi le sens de délit ou infraction . 2• Placé en apposition - comme dans climate changes - le nom commun anglais climate devient un complément de nom qui se traduit en français par du climat ou par l'adjectif climatique . Mais ce terme climate est abusivement employé par les militants des USA comme métonymie de environnement, voire nature, dans des contextes où il faut voler...

directrices, fondatrices et chercheuses

Dans les fonctions de direction, chaque fois qu'il est établi qu'une femme n’est pas un homme, il est certain que le titre de sa fonction ne saurait être " directeur " (sic) mais bien directrice . Idem pour toute fondatrice qui n'est pas un fondateur, et pour toute femme pratiquant la recherche, qui est bien une chercheuse et non un chercheur ni - pire encore - une chercheure (sic). Paradoxalement revendiquée par de nombreux écervelés soutenant que les femmes seraient mieux loties avec des oripeaux d'hommes, l'adoption par des femmes d' un nom de métier masculins dont le féminin existe pourtant depuis des siècles est une erreur grammaticale pure et simple ; une confusion des genres, à proprement parler. En cas d'entêtement dans l'erreur - et quelle qu'en soit la justification  (" je préfère " ou " cela me confère davantage d'autorité " ou " un directeur, un fondateur, un chercheur, c’est plus sérieux qu’...

immature ou mûr, mais pas "mature"

En français, le contraire d' immature n'est pas mature (anglicisme) mais mûr. L'adjectif mûr possède un antonyme bien connu : immature . La force de cet antonyme est telle qu'un grand nombre de professionnels de la langue (journalistes, écrivains, politiciens, publicitaires) et de professionnels de la maturité (psychologues, enseignants) en perdent leur français. En effet, l'emploi de l'adjectif inverse de immature, à savoir mûr , est devenu minoritaire dans les médias francophones écrits et parlés, au bénéfice de " mature " (sic). Or, le terme " mature" est impropre et son emploi déconseillé. " Mature " n'est admis que dans le jargon piscicole, où il qualifie un poisson prêt à frayer. Et encore ne s'agit-il là que d'entériner l'adoption ancienne, par toute une profession, de la mauvaise traduction technique du terme anglais " mature " qui signifie mûr et, par extension parvenu à maturité...

cartonner, faire un carton, carton plein

La différence de niveau de langue entre " peu import e " et '' je m'en branle " ou " j'men tape " semble échapper à une cohorte d'orateurs professionnels, et spécialement aux présentateurs et journalistes de télévision et de radio qui sont en train d'abandonner collectivement les mots succès , victoire et triomphe au bénéfice de leur synonyme argotique carton ("faire un carton"). Pour une écrasante victoire , ils vont parfois jusqu'au " carton plein ", comme s'il s'agissait d'un carton de déménagement ou d'une grille du loto traditionnel pleine de pions gagnants, alors qu'initialement la dérive argotique du mot carton , au sens de succès foudroyant , vient de la cible en carton du stand de tir dont on réussit à atteindre le centre. Le festival de Cannes 2015 honore-t-il 100% de films français par ses trois distinctions les plus en vue ? Pour les présentatrices des deux grandes cha...

support papier : le monstre administratif indécrottabe

Sachant que le papier est par nature un support, il est inapproprié de le préciser dans la formule " sur support papier ", comme il serait inapproprié de voyager " en véhicule voiture " ou de servir le beaujolais " dans un récipient verre ballon ". Cette précision superflue, appelée périssologie, se double ici d'un viol de la grammaire : qualifier un terme à l'aide du mot papier , notre langue ne le permet pas car le mot papier n'est pas un adjectif ! Les choses ne sont pas " papier ", elles sont en papier ou sur papier ou de papier [telle notre licorne]. Le français connaît les industries papetières (industries du papier), les cocottes en papier et les corbeilles à papiers , mais ne connaît pas les documents papiers (sic), les versions papier (sic), les annuaires papier (sic), le support papier (sic) ni les objets " papier " d'une manière générale.  Les formules employant le mot papier comme qual...

papier n'est pas un adjectif

Cette question se pose de plus en plus souvent : " Version électronique ou version papier ?" Elle n'est pas correcte car " papier " n'est pas un adjectif et ne peut pas qualifier le mot version , ni les mots copie , dossier , document, édition , publication , format , presse, etc. On demandera donc à son interlocuteur, en bon français, s'il préfère lire un document en version électronique ou imprimée . La formule " document papier ", souvent opposée à " document électronique ", est un barbarisme inspiré par la syntaxe anglaise. L'anglais - contrairement à notre langue - peut construire ses compléments de nom par simple juxtaposition. Cette construction n'existe pas en français : a jazz band , c'est un orchestre de jazz. Et en français, " un document papier " (sic), c'est un document sur papier ou en papier. Quant au " format papier ", c'est une double ineptie, le papier n'étant pas...

phonétique et syntaxe au JT de France 2

Au journal télévisé vespéral de France 2. " L'an dernier, un élève braquait son professeur avec un pistolet ". Non : ce charmant élève a braqué un pistolet sur son professeur , et non braqué un professeur avec un pistolet... La voix off de ce reportage poursuit : "Deux mains, etc". Or, il va s'avérer qu'il ne s'agit pas de deux mains mais de demain . La différence entre le son -eu- de feu ou vœux et le son -eu de peur et cœur , cette nette précision sonore qui distingue pareillement deux mains et demain ou jeûne et jeune ? La voix off s'en tape. Sujet suivant, sur un échouement en Corse. Autre voix off pour cet autre reportage. La voix d'un homme jeune nous parle des "garde-cotte" et de "la zonne", au lieu du garde-côtes et de la zone . Un accent régional qui l'empêcherait de prononcer correctement les sons Ô fermés ? Pas du tout, puisque ce même récitant nous parle des "r ô chers" au lieu des...

en charge de : un anglicisme envahissant

" Vous avez été ministre en charge de la santé. " (Brigitte Bourguignon, Assemblée nationale française, 2 juillet 2020) Depuis des années, c'est la tournure anglophone " in charge of " qui est ici francisée mot à mot, par négligence et par suivisme, pour donner  EN CHARGE DE  au détriment de  CHARGÉE DE " Vous avez été ministre CHARGÉ DE la santé" ou plus simplement encore "vous avez été ministre DE la Santé", voulait dire la présidente de la commission parlementaire, elle-même  chargée de  se pencher sur les éventuels faux pas du bal masqué sanitaire. Les organisations publiques et privées seront bien inspirées de mettre à profit les semaines d'été pour rectifier cette faute dans leurs organigrammes. Nous invitons leurs dirigeants et leurs interlocuteurs à se convaincre de cette nécessité en se souvenant que l'on porte le titre de Chargée ou Chargé de mission et non celui de "En charge de mission". De même, ...

lynchage et bavure

  À propos du passage à tabac d'un suspect par un trio de policiers en marge d'une manifestation ayant échauffé les esprits et quelques véhicules livrés aux flammes, de nombreux commentaires médiatiques, juridiques et politiques ont été faits. Il s'est avéré que le sens du mot lynchage , que l'on croyait terriblement limpide, en venait à faire débat. Ainsi, le Premier-Adjoint au maire de la plus grande ville de France, dans laquelle cette manifestation violente eut lieu, déclara-t-il sur le plateau de FranceInfo TV mot pour mot ceci : " Nous sommes plus proches d'un lynchage que d'une bavure ". Or, non. Nous sommes pile dans une bavure et hors du lynchage . Car la terminologie est la suivante : • la bavure est un abus commis par des représentants de la force publique égarés ; • le lynchage est une exécution sommaire commise par une foule emportée ; • le crime de guerre est une atrocité commise par des militaires dévoyés. Mais il y eut simultanémen...

présumés coupables et présumée ignorante

"Pourquoi est-ce que les médias ne donnent pas les noms des présumés assassins, des présumés violeurs ?" (Marine Le Pen, présidente de parti politique, 16 juillet 2020) Encore débutante ou déjà chenue, lorsqu'on est une oratrice professionnelle de langue maternelle française, on connaît le sens du verbe présumer : "Croire d'après certains indices, se faire une conviction sans preuves" . On obtient du même coup la réponse à la question ci-dessus, faussement naïve et délibérément dévastatrice des libertés primordiales : on ne désigne pas comme coupables des personnes que l'on croit violeuses ou meurtrières selon certains indices mais SANS PREUVES . Cela évite les lynchages et, plus généralement, les dénonciations calomnieuses et les condamnations sans preuves ni jugement, qui sont des barbaries. Par ailleurs, Mme Le Pen - qui est juriste de formation - exploitait ici la légitime émotion suscitée par un homicide par violences volontaires ayant ...

"sur" : la préposition qui tue

L'invasion de la préposition " sur ", phagocytant toutes les autres, est assurément le plus grand fléau d'appauvrissement qui ait frappé la langue française en France depuis un demi-siècle. Excellent locuteur, généralement au-dessus de toute critique langagière, l'académicien des sciences morales et politiques et éditorialiste français  Alain Duhamel s'y laisse piéger à l'occasion : " Nous sommes toujours sur la même difficulté ."   (CNEWS, 1er juillet 2020) La préposition sur est ici employée à tort à la place de : • face à  la même difficulté • devant   la même difficulté • confrontés à   la même difficulté . Autre éventualité : on note que les tournures  "vous êtes sur" ou  "on est sur" ou "nous sommes sur " sont désormais de banales calamités devenues synonymes du démonstratif " c'est ". Le gallicisme qu'on supposait irremplaçable est détrôné. Porté par cette tendance qui ne l'eut pas e...